【Politique】La « suprématie » de Mme Takaichi fragilisée par des tensions internes au PLD

Malgré une position de force issue de sa large victoire aux élections législatives de février dernier, la Première ministre Sanae Takaichi fait face à une grogne croissante au sein du Parti Libéral-Démocrate (PLD). On lui reproche un manque flagrant de concertation avec les instances du parti.
Une communication en rupture
Le malaise provient d’une rare propension de la cheffe du gouvernement à s’isoler. Perçue comme « négligeant le dialogue avec le parti », Mme Takaichi a tenté une opération de réconciliation le 10 avril en invitant les ténors de la majorité, dont le vice-président du PLD Taro Aso, à un déjeuner à la résidence officielle.
Toutefois, cette main tendue — la première depuis décembre dernier — peine à convaincre. Si certains participants ont salué une « ambiance cordiale », le fossé politique semble loin d’être comblé.
Le style Takaichi : entre efficacité et isolement
Contrairement aux usages politiques japonais où les dîners informels sont le théâtre des décisions cruciales, Mme Takaichi n’a jamais caché son aversion pour les mondanités. Depuis sa nomination en octobre, elle privilégie le retour direct à sa résidence dès la fin de ses obligations officielles. Une apparition récente de seulement huit minutes lors d'une réunion de sa propre base conservatrice a d'ailleurs renforcé cette image de dirigeante solitaire.
L'échec budgétaire comme point de bascule
Si la victoire électorale a longtemps servi de bouclier, les tensions ont éclaté au grand jour lors de l'examen du budget 2026. En exigeant une adoption rapide sans tenir compte de la fragilité de sa coalition à la Chambre des conseillers, la Première ministre a essuyé un revers : le budget n'a pu être voté avant la fin de l'année fiscale. La riposte du Sénat ne s’est pas fait attendre, certains membres affirmant désormais vouloir se limiter au « strict minimum » en matière de coopération.
Des réformes de rupture en péril
Pour la seconde moitié de la session parlementaire, Mme Takaichi entend imposer des réformes à forte identité conservatrice, notamment la création d’un délit d’outrage au drapeau national. Ces projets, qui divisent jusqu'au sein de la majorité, nécessitent une unité sans faille qui semble aujourd'hui faire défaut.
« Le talon d'Achille de la Première ministre, c'est sa solitude », confie une source interne. Malgré une majorité écrasante à la Chambre basse, les cadres du parti préviennent : sans une meilleure coordination, la cohésion du bloc gouvernemental pourrait s'effriter rapidement.
